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| Kurt von Hammerstein-Equord |
Après la guerre de 1914-1918, le Traité de Versailles impose des conditions draconiennes à l'Allemagne vaincue, en particulier sur le plan militaire.
Le Traité stipule en effet que l'effectif total de l'armée allemande ne pourra dépasser 100.000 hommes, dont 4.000 officiers. Il dispose en outre que le "grand État-major allemand et toutes autres formations similaires seront dissous et ne pourront être reconstitués sous aucune forme."
C'est donc dans une armée réduite à peau de chagrin et privée de ses capacités stratégiques que le Baron Kurt von Hammerstein-Equord poursuit une carrière militaire entamée en 1898. "Intelligent et paresseux" (lire plus bas une citation fameuse de Hammerstein) , il continue à gravir les échelons sous la République de Weimar : général en 1929, il est nommé chef de l'armée en 1930.
Dans Hammerstein ou l'intransigeance, publié chez Gallimard, Hans Magnus Enzensberger mène une enquête fouillée sur la vie de Kurt von Hammerstein et de sa famille.
Ce livre passionnant est à la croisée de l'histoire et du roman : l'auteur se base sur une analyse précise des faits mais il éclaire les zones d'ombre par ses réflexions personnelles. Il interroge les héros disparus pour mieux nous faire comprendre les choix terribles devant lesquels ils étaient placés. A quatre-vingts ans de distance, tout semble si facile, assis au chaud sur son canapé en regardant son ordinateur. Rien de tel qu'un bain dans les eaux froides de l'époque pour se réveiller.
En lisant ce livre, on découvre d'abord la période complexe et agitée de la République de Weimar. Dans les années 20, l'armée allemande reconstruit en cachette ses capacités militaires, en collaboration avec l'URSS naissante. L'aristocrate Hammerstein est un des principaux acteurs de cette coopération secrète avec les soviétiques, et il est un proche des plus hauts responsables de l'Armée Rouge. A cette époque, le communisme jouit encore d'un prestige certain auprès de la jeunesse berlinoise : les trois filles aînées de Hammerstein sont des sympathisantes communistes et amoureuses d'intellectuels juifs. Leur père leur fait confiance. Elles transmettent même aux services secrets soviétiques des documents sortis du coffre-fort de leur père. On ne saura jamais s'il les a laissé faire... Dans le même temps, le nazisme se développe, s'organise, et frappe à la porte du pouvoir en 1932. Hammerstein a de longue date une horreur instinctive des nazis : "La peur n'est pas une vision du monde" disait-il. Avant la plupart, il a tout compris, et deviné l'horreur où cette folie mènera : les exterminations, l'attaque de l'URSS, la boucherie du front de l'est. En 1933, il dit à ses proches : "Nous allons faire la guerre à la Russie, et nous la perdrons ! " Il fait tout son possible pour dissuader Hindenburg de nommer Hitler à la Chancellerie. Rien n'y fait, la peur est la plus forte. Hammerstein démissionne en 1934 et rentre dans la résistance passive, jusqu'à sa mort d'un cancer en 1943. Il restera intransigeant jusqu'au bout, refusant toute compromission avec le régime et ceux qui le soutiennent. Sa veuve et ses enfants refuseront des obsèques officielles, ne voulant pas voir un drapeau à croix gammée recouvrir le cercueil de leur héros.

Une citation célèbre de Kurt von Hammerstein : « Parmi mes officiers, je distingue quatre espèces. Il y a les officiers intelligents, les travailleurs, les sots et les paresseux. Généralement, ces qualités vont par deux. Les uns sont intelligents et travailleurs, ceux-là doivent aller à l’état-major. Les suivants sont sots et paresseux ; ils constituent 90 % de toute armée et sont aptes aux tâches de routine. Celui qui est intelligent et en même temps paresseux se qualifie pour les plus hautes tâches de commandement, car il y apportera la clarté intellectuelle et la force nerveuse de prendre les décisions difficiles. Il faut prendre garde à celui qui est sot et travailleur, car il ne provoquera jamais que des désastres. »
Ce livre passionnant est à la croisée de l'histoire et du roman : l'auteur se base sur une analyse précise des faits mais il éclaire les zones d'ombre par ses réflexions personnelles. Il interroge les héros disparus pour mieux nous faire comprendre les choix terribles devant lesquels ils étaient placés. A quatre-vingts ans de distance, tout semble si facile, assis au chaud sur son canapé en regardant son ordinateur. Rien de tel qu'un bain dans les eaux froides de l'époque pour se réveiller.
En lisant ce livre, on découvre d'abord la période complexe et agitée de la République de Weimar. Dans les années 20, l'armée allemande reconstruit en cachette ses capacités militaires, en collaboration avec l'URSS naissante. L'aristocrate Hammerstein est un des principaux acteurs de cette coopération secrète avec les soviétiques, et il est un proche des plus hauts responsables de l'Armée Rouge. A cette époque, le communisme jouit encore d'un prestige certain auprès de la jeunesse berlinoise : les trois filles aînées de Hammerstein sont des sympathisantes communistes et amoureuses d'intellectuels juifs. Leur père leur fait confiance. Elles transmettent même aux services secrets soviétiques des documents sortis du coffre-fort de leur père. On ne saura jamais s'il les a laissé faire... Dans le même temps, le nazisme se développe, s'organise, et frappe à la porte du pouvoir en 1932. Hammerstein a de longue date une horreur instinctive des nazis : "La peur n'est pas une vision du monde" disait-il. Avant la plupart, il a tout compris, et deviné l'horreur où cette folie mènera : les exterminations, l'attaque de l'URSS, la boucherie du front de l'est. En 1933, il dit à ses proches : "Nous allons faire la guerre à la Russie, et nous la perdrons ! " Il fait tout son possible pour dissuader Hindenburg de nommer Hitler à la Chancellerie. Rien n'y fait, la peur est la plus forte. Hammerstein démissionne en 1934 et rentre dans la résistance passive, jusqu'à sa mort d'un cancer en 1943. Il restera intransigeant jusqu'au bout, refusant toute compromission avec le régime et ceux qui le soutiennent. Sa veuve et ses enfants refuseront des obsèques officielles, ne voulant pas voir un drapeau à croix gammée recouvrir le cercueil de leur héros.

Parmi ses sept enfants, aucun ne collaborera avec le régime : les filles aînées seront menacées par la Gestapo en raison de leurs sympathies communistes. Ses fils aînés participeront à l'attentat manqué contre Hitler en 1944 et termineront la guerre dans la clandestinité; leur mère et ses plus jeunes enfants seront enfermés en camp de concentration et ne retrouveront la liberté qu'en avril 1945.
Le tragique étant bien partagé, les anciens contacts de Hammerstein dans l'Armée Rouge périront presque tous pendant les purges staliniennes de 1937-1938. Comme d'ailleurs la plupart des communistes allemands réfugiés à Moscou dans les années 30 pour fuir la montée du nazisme.
En 1937, l'armée de terre allemande comptait déjà 500.000 hommes... L'intransigeance n'était manifestement pas une vertu très répandue chez les hommes politiques français et anglais.
En 1937, l'armée de terre allemande comptait déjà 500.000 hommes... L'intransigeance n'était manifestement pas une vertu très répandue chez les hommes politiques français et anglais.
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Une citation célèbre de Kurt von Hammerstein : « Parmi mes officiers, je distingue quatre espèces. Il y a les officiers intelligents, les travailleurs, les sots et les paresseux. Généralement, ces qualités vont par deux. Les uns sont intelligents et travailleurs, ceux-là doivent aller à l’état-major. Les suivants sont sots et paresseux ; ils constituent 90 % de toute armée et sont aptes aux tâches de routine. Celui qui est intelligent et en même temps paresseux se qualifie pour les plus hautes tâches de commandement, car il y apportera la clarté intellectuelle et la force nerveuse de prendre les décisions difficiles. Il faut prendre garde à celui qui est sot et travailleur, car il ne provoquera jamais que des désastres. »


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